Valquest : Bonsoir les filles, comment ça va ?
Grandma’s Ashes : Ça va bien ! Post-concert, on mange, on est bien !
Valquest : Super ! Comment ça s’est passé ce soir ?
Groupe : Très bien ! Le public était incroyable. C’est vrai que la dernière fois qu’on avait joué au Rock’n’Eat, c’était déjà très cool, mais on était moins connues et il y avait moins de monde. Là, la salle était quasiment comble, donc c’était incroyable.
Valquest : Top ! Est-ce que vous pouvez vous présenter pour celles et ceux qui ne vous connaîtraient pas ?
Eva : Alors, on est Grandma’s Ashes. Ça fait 9 ans qu’on existe : d’abord Myriam et moi (Eva), puis Edith nous a rejointes ensuite. Moi, je suis la bassiste et chanteuse du groupe.
Myriam : Moi, c’est Myriam, je suis la guitariste et je fais aussi les chœurs.
Edith : Et moi, c’est Edith, je fais la batterie et les chœurs.
Valquest : Parlons de votre deuxième album Bruxism, qui est mon album préféré de 2025, donc bravo pour ça ! Est-ce que vous pouvez me parler du nom et de sa signification ?
Eva : On l’a appelé comme ça parce qu’on fait toutes les trois du bruxisme, qui est le fait de grincer des dents. Ce n’est pas volontaire, c’est souvent lié au stress et ça arrive la nuit. C’est révélateur d’un état mental global, souvent chargé en stress et en anxiété. Quand on a commencé à composer l’album, on a abordé des thèmes comme le sentiment d’oppression dans la vie quotidienne : le travail, les transports, l’entourage, les petites remarques… Tout ça peut s’accumuler.
Au final, ça parle de vie citadine et d’une succession de micro-agressions. Le bruxisme, ça abîme les dents, donc c’est un cri : à un moment, tu te dis « merde, il faut que ça sorte ».
Valquest : Quelles sont vos influences, vos premières découvertes musicales ?
Edith : Je viens d’une famille qui n’écoutait pas vraiment de musique. J’ai découvert tout ça avec mon prof de batterie. Je connaissais juste AC/DC grâce à mon père, puis j’ai découvert le rock et le metal avec System of a Down, Green Day… Plus tard, les projets de Jack White comme The White Stripes ou The Dead Weather.
Eva : Moi, mes deux parents sont musiciens, donc j’ai grandi avec de la musique en permanence. À l’adolescence, je suis entrée dans le « dur » avec du punk comme The Stranglers, qui est toujours mon groupe préféré.
Ma mère m’a fait découvrir le grunge avec Alice in Chains et Nirvana, et mon père m’a fait plonger dans Iron Maiden, surtout pour la basse. Ensuite, les Foo Fighters, puis même de la musique classique… donc une palette très large.
Myriam : Mes parents écoutaient du rock 70’s et du jazz, mais je m’y suis vraiment intéressée plus tard. J’ai commencé avec Led Zeppelin (album III) grâce à un ami au collège. J’aimais beaucoup le côté mystique et folk de cet album, puis j’ai découvert leurs albums plus électriques.
Ensuite Van Halen, Randy Rhoads, Zakk Wylde… J’aimais le côté technique 80’s et aussi
mélanger ça avec du classique. Plus tard, Green Day, puis Alice in Chains, Nirvana, Radiohead… et je me suis ouverte à plein de styles : trip-hop, jazz, prog.
Valquest : Votre premier album sonne plus stoner, alors que Bruxism est plus varié. Comment vous expliquez ce changement ?
Groupe : On compose de manière très visuelle. Le premier album était plus onirique, plus doux, dans une période compliquée (le Covid).
Avec Bruxism, on a voulu quelque chose de plus brut, plus direct, avec des riffs faits pour headbanguer, et être encore plus proches du public.
Valquest : Justement, comment s’est passé l’enregistrement de Bruxism ?
Edith : On a travaillé avec Jesse Gander , qui a bossé avec Brutus. Il sait capter l’énergie des power trios.
Cette fois, on a enregistré ensemble pour garder le côté live, contrairement au premier album. On a enregistré à l’ICP Studio à Bruxelles pendant 15 jours.
On a vraiment pu peaufiner tous les détails et expérimenter avec plein d’instruments disponibles. Et le soir… petit billard (rires).
Valquest : Est-ce qu’il y a un morceau dont vous êtes particulièrement fières ?
Edith : "Flesh Cage". Il fait bien la transition entre les deux albums. Il mélange toutes nos influences : rock, nu metal, électro… avec même du growl à la fin.
Valquest : Je vous rejoins complètement, c’est aussi mon morceau préféré de l'album !
Valquest : Vous avez participé aux Foudres. Comment vous avez vécu ça ?
Groupe : Très stressant ! C’était en direct, très cadré, pas le droit à l’erreur. Mais c’était aussi une fierté énorme, surtout en étant le seul groupe entièrement féminin de la soirée.
Valquest : Que pensez-vous de la scène actuelle alternative et metal aujourd’hui ? Est-ce que vous la trouvez plus accueillante qu’avant ? Est-ce que les mentalités ont évolué ? Quel est votre ressenti là-dessus ?
Eva : J’ai l’impression que ça évolue de plus en plus. En tout cas, je trouve qu’il y a de plus en plus de rôles modèles féminins. Il y a de plus en plus de chanteuses de metal, mais pas seulement dans le symphonique comme c’était énormément le cas avant. Dans le metal français en général, hormis Eths, je ne pourrais pas te citer beaucoup d’autres groupes à l’époque. Il y avait très peu de chanteuses qui faisaient du chant saturé, et peu d’instrumentistes aussi, mise à part dans le hair metal ou le heavy.
Mais malgré tout, c’était quand même plus rare dans les musiques extrêmes d’avoir autant de femmes.
Donc j’ai l’impression que, de ce point de vue-là, ça évolue un petit peu. Les mentalités évoluent, le public évolue aussi : il est plus varié, avec plus de minorités, plus de femmes, plus de très jeunes… et les anciens qui restent et qui sont toujours là (rires). Donc je trouve que ça touche vraiment toutes les générations.
Je trouve qu’il y a des pas en avant. Je ne dirais pas forcément qu’il y a des pas en arrière, mais parfois des choses qui stagnent.
En tout cas, nous, on est fières de faire partie de cette nouvelle génération de 20-30 ans qui montent sur scène et qui inspirent à la fois les nouvelles générations, mais aussi les anciennes qui peuvent changer d’avis sur certaines idées reçues.
Notamment sur les femmes dans la musique : on n’est pas que des chanteuses, on est aussi des instrumentistes, loin des clichés de « pimbêches » ou de divas.
Et on sait que notre présence et notre génération participent à faire évoluer les choses.
Valquest : Comment se passe la tournée ?
Groupe : Super bien ! On voit clairement l’évolution. Des salles pleines, un public présent… ça fait vraiment plaisir.
Valquest : Est-ce que vous avez quelques mots à dire aux personnes qui vous écoutent ?
Eva : Déjà, merci d’être de plus en plus nombreux et nombreuses à nous suivre. On voit nettement la différence avec la tournée précédente et ça prend vraiment du sens pour nous. Surtout dans un contexte où la culture ne va pas forcément très bien en France, donc le fait d’avoir une communauté qui grandit malgré ça, c’est hyper important.
En plus, on aborde des thèmes personnels, notamment autour de la santé mentale, mais qui restent universels. Et savoir que ça touche de plus en plus de gens, que ça émeut le public… ça nous émeut aussi énormément.
Donc vraiment, merci à toutes les personnes qui nous soutiennent.
Et puis surtout, continuez à soutenir les scènes locales. Les gros groupes et Ticketmaster, on s’en fout un peu : ils s’en sortent déjà très bien.
Mais les petites salles, qui galèrent à rester ouvertes malgré des programmations incroyables, c’est elles qu’il faut soutenir.
Les petits artistes qui commencent, qui galèrent… allez les voir, allez dans les petites salles. Bercy, ça ne sert à rien, c’est trop cher.
Pas besoin d’aller voir Lady Gaga ou les The Rolling Stones : eux, ils ne galèrent pas, leur frigo est plein.
Alors que plein d’autres artistes vivent des situations beaucoup plus précaires. Donc soutenez les, vraiment.
Edith : Merci encore pour ce soir, c’était tellement d’émotion. La première chose qui me vient, c’est de se dire « waouh, la chance qu’on a ».
Il y a des dates comme ça où on le réalise vraiment, et ce soir en fait partie.
Valquest : Merci beaucoup à toutes les trois, bravo pour le show et l’album !
Groupe : Merci à toi !