Une silhouette masculine émaciée se découpe sur l’horizon noir de suie. Affligé par le chagrin ou le désespoir, il semble prêt à s’effondrer dans une plaine cendreuse, jonchée de cadavres, qui comme lui, furent sans doute accablés du même mal. Cette cover macabre du nouvel album de Wandar intrigue et happe irrémédiablement dans l’univers désolé du groupe allemand.
Mystérieusement intitulé “Tiefe Erde” (Terre Profonde), l’enregistrement est sorti le 1er mai dernier sur le label Vendetta Records. Comme épitaphe de cet album, Wandar déclare : “Nous avons saigné, nous avons souffert et nous ne sommes devenus qu’un avec les terres anciennes”. “Tiefe Erde” dépeint ainsi une riche constellation de symboles, sur fond de temps qui s’écoule, de cycle éternel entre la vie et la mort, et d’acceptation devant la force transcendante de la nature et du divin.
Ces thèmes philosophiques se répercutent dans la composition, dans laquelle se diluent les riffs poignants et la voix déchirante de Kallenheim. Des moments atmosphériques intenses viennent ponctuer le tout, comme à l'incipit de mes morceaux favoris "Erden" ou "Hetäre". Beaucoup de ruptures allongent le plaisir d'écoute, apportant un vertige croissant au fil des titres ; avec une sensation pertubante d'être mise au pied du mur grâce à un memento mori sonore répété à travers les percussions, de manière implacable. Ce calme relatif marque alors le début de l'apocalypse, avant de s'intensifier à l'extrême jusqu'aux confins de l'album. En fin de compte, il s'agit ici d'une démonstration fort énergivore, qui dévore les chairs jusqu'à ressembler peut-être, à la figure décharnée présentée en couverture. Tout est lié !
Mais je m'égare. "Tiefe Erde" est une galette dont les harmonies troublantes et exaltantes ont pris d’assaut mes entrailles de leur puissance véhémente. En d’autres termes, cela signifie que j’ai aimé.





